Ce dimanche, DéFI organise un congrès afin de réformer ses statuts internes. L’aboutissement de plusieurs mois de réflexion. “
Nous voulons réformer le parti de la manière dont nous voulons réformer le pays”, explique
Sophie Rohonyi. La présidente du parti en profite pour se livrer à une analyse du
bilan du MR et des Engagés dans les différentes majorités gouvernementales. Dans l’opposition à tous les niveaux de pouvoir, elle décoche ses flèches vers les deux partis.
Comment allez-vous réformer Défi ?
Nous voulons voir davantage de femmes s’impliquer et être représentées dans les instances démocratiques. Une raison pour laquelle nous avons prévu que, dans nos instances internes, on ne puisse pas avoir plus de deux tiers de représentants d’un même genre. Nous avons aussi prévu une cellule d’écoute et d’intégrité, composée de plus de 60 % de femmes, et qui aura pour but d’accompagner toute personne qui vivrait des faits de violence sexiste ou de harcèlement, que cela vienne de l’intérieur du parti ou de l’extérieur. Cette cellule vise notamment les candidats et futurs candidats aux élections. Nous voulons permettre aux femmes de s’engager au sein du parti, dans une campagne, malgré la dureté du monde politico-médiatique.
À la fin de ce processus de réforme, où se situera Défi, politiquement ?
Pas de révolution. Le processus entamé il y a deux ans vise à ancrer le parti au “centre centre”. C’est une force d’être un facteur de stabilité politique et de justice, de proposer une alternative à la violence de la droite et au “yaka” simpliste de la gauche. Violence de la droite ? La réforme de l’enseignement.
Madame Glatigny (MR) et Madame Degryse (Les Engagés) considéraient qu’elles avaient carte blanche sans concertation avec les premiers concernés. Et le “yaka” de la gauche ? La déconnexion vis-à-vis la gravité de la situation budgétaire à tous les niveaux de pouvoir.
Le centrisme a-t-il de l’avenir face à une radicalisation du paysage politique ?
Ce contexte ultra-clivé rend notre projet plus que jamais nécessaire. Il faut proposer une alternative au nationalisme, aux extrémismes, aux radicalismes, à tous ces dogmes. Moi, j’en veux au MR et aux Engagés d’avoir à ce point trahi leurs promesses électorales. Notamment, à l’égard de la revalorisation du travail, à la détresse des indépendants et des travailleurs qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts tout en travaillant comme des dingues. Ce faisant, le MR et Les Engagés ont offert un boulevard aux extrêmes et, en particulier du côté francophone, au PTB.
Le MR et Les Engagés sont confrontés à un contexte budgétaire inédit, qui pèse sur les marges de manœuvre des différents gouvernements. Qu’est-ce que Défi aurait fait de mieux s’il avait été au pouvoir ?
Tout est une question de choix.
Augmenter la TVA et tuer encore plus la classe moyenne va aggraver la situation budgétaire en tuant le pouvoir d’achat des ménages. Même chose dans l’enseignement : couper dans les budgets de la formation ne va pas aider à atteindre les objectifs de taux d’emploi…
Comment combler les déficits budgétaires, alors ?
En allant chercher l’argent là où il se trouve. Il faut faire rentrer l’argent qui devrait rentrer dans les caisses de l’État mais qui ne le fait pas. C’est une voie médiane entre la recherche de nouvelles recettes et la baisse des dépenses. Il faut sans doute un peu des deux, mais le gouvernement fédéral refuse de s’attaquer à l’argent qui s’échappe. Par exemple, la cellule chargée d’enquêter sur les paradis fiscaux n’est composée que de deux agents pour tout le pays ! Et la liste des pays qui sont des paradis fiscaux n’a plus été actualisée depuis dix ans.
L’Arizona a tout de même créé un parquet financier.
J’applaudis cette mesure. J’avais moi-même été coauteure du texte, sous la précédente législature, visant à créer un parquet national financier. Ce texte avait été rejeté par tous les partis, y compris par Les Engagés qui tentent aujourd’hui de s’approprier cette idée. Il y a de l’hypocrisie dans ce dossier. Le gouvernement espère retirer 500 millions d’euros par an de ce parquet. On attend de voir. Jusqu’ici, en tout cas, le gouvernement fédéral a davantage favorisé les fraudeurs que pris des mesures contre eux.
En tant que formation libérale centriste, Défi pourrait récupérer les électeurs déçus du MR, mais les sondages montrent que ce sont surtout Les Engagés qui en profitent.
Sur la forme, MR et Engagés ne sont pas les mêmes partis. Par contre, sur le fond, ils défendent la même politique : ils mènent les mêmes attaques contre les aidants proches, contre les enseignants… Voter pour l’un, c’est voter pour l’autre. C’est kif-kif. Et ils sont déterminés à gouverner ensemble. Les électeurs ont-ils envie de faire confiance aux Engagés ? Ce parti n’a pas de colonne vertébrale sur le plan des valeurs et s’acoquine avec la gauche ou la droite en fonction des opportunités. Pour nous, ce n’est pas cela, le centre. Il y a des lignes rouges à ne pas franchir : ne pas s’allier à
la N-VA, par exemple, pour leur servir les plats et démanteler le pays.
Bart De Wever comme Premier ministre n’a-t-il pas pris une dimension d’homme d’État ?
La méthode de la N-VA, c’est de manger les francophones à petit feu. Monsieur De Wever est quelqu’un de très, très intelligent. Il a compris qu’il devait adoucir son image pour obtenir de l’adhésion à son projet nationaliste. En attendant, au parlement, la N-VA se montre arrogante à l’égard de notre député, François De Smet (seul élu Défi à la Chambre, NdlR), lorsqu’il relève les aspects communautaires des réformes fédérales.
Annelies Verlinden (CD&V), la ministre de la Justice, propose d’allonger le délai pour demander une IVG de 12 à 14 semaines. Et jusqu’à 18 semaines en cas de viol. Ce projet provoque des remous au sein de la majorité Arizona. Certains estiment que cela ne va pas assez loin. Quel est votre avis sur ce projet du CD&V ?
J’appelle tous les politiques à ne pas tomber dans ce piège et à suivre de l’avis unanime des experts universitaires sollicités de manière pluraliste par
l’ancien gouvernement (De Croo). Ces derniers estimaient qu’il fallait aller vers les 18 semaines. Je suis très fâchée que ce débat perdure depuis des années : on marchande politiquement le corps et les droits des femmes comme on marchande le prix d’un tapis. C’est totalement indigne de l’enjeu, qui est juste de faire respecter un droit fondamental et de soins de santé.
Retrouvez l’intégralité de l’entretien de Sophie Rohonyi dans l’édition du 20 juin de La Libre Belgique.
Photo Bernard Demoulin