Comment les communes se préparent-elles à faire face aux nouvelles réalités climatiques ?
Face aux épisodes de chaleur et aux risques d’inondation, les communes doivent repenser leurs espaces publics. À Schaerbeek, Deborah Lorenzino mise sur la végétalisation et la participation citoyenne. À Libramont-Chevigny, Jonathan Martin défend la transformation des cours de récréation en îlots de fraîcheur.
Environ 127 kilomètres séparent les deux communes. Leurs réalités sont différentes, mais elles partagent une même volonté : adapter leur territoire sans perdre de vue les usages et les habitants.
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Publié le 16.07.2026
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La végétalisation de l’espace public est un levier important
Jonathan Martin : Deborah, comment Schaerbeek adapte-t-elle ses espaces publics aux nouvelles réalités climatiques ?
Deborah Lorenzino : La végétalisation de l’espace public est un levier important pour améliorer la résilience de la commune face aux fortes chaleurs et aux inondations. Elle permet d’augmenter la perméabilité des sols et de créer des îlots de fraîcheur.
À mon initiative, le collège à adopté un plan de végétalisation pour la période 2021-2035, avec l’objectif d’augmenter la végétation de 10 % d’ici 2035. Il s’agit de profiter de chaque réaménagement pour planter des arbres, créer de petits espaces verts et associer les habitants à l’embellissement de leur quartier.
Nous stimulons également les initiatives individuelles, via l’adoption de fosses d’arbres, l’installation de bacs à plantes et de plantes grimpantes en façade, ou la création de jardinets le long des façades. Nous encourageons également des projets collectifs associant directement les habitants à la végétalisation de leur quartier.
Jonathan Martin : C’est notamment le cas du square Maurane ?
Deborah Lorenzino : Oui. Les habitants ont été étroitement associés au projet. Maurane habitait Schaerbeek et elle a laissé un souvenir très fort à celles et ceux qui l’ont connue ou qui ont grandi avec ses chansons.
Nous ne voulions pas seulement donner son nom à un espace public. Nous voulions surtout créer un lieu à son image : chaleureux, accessible et humain.
Deborah Lorenzino : Pourquoi avoir voulu agir sur les cours de récréation à Libramont-Chevigny ?
Jonathan Martin : La canicule de juin 2026 a montré la vulnérabilité de nos écoles. En tant qu’enseignant, j’ai vu à quel point la chaleur affectait l’attention des élèves, les apprentissages et les conditions de travail du personnel.
Même dans une commune entourée de verdure, certaines cours restent très minéralisées et offrent peu d’ombrage naturel. Je me suis donc demandé ce que je pouvais faire en tant qu’élu.
On a raté l’occasion de professionnaliser notre réponse et de sortir ainsi de l’approche empirique.
Deborah Lorenzino : Ton projet a été rejeté par la majorité communale. Que prévoyait-il ?
Jonathan Martin : Je proposais de lancer une réflexion sur la transformation progressive des cours de récréation du réseau communal en îlots de fraîcheur.
Le projet prévoyait un diagnostic pour chaque école, l’appui d’experts, davantage d’ombrage naturel, des plantations ciblées et une réflexion sur les revêtements.
Je souhaitais aussi associer les élèves au processus. Une cour de récréation peut devenir un lieu d’apprentissage concret, où l’on observe les plantations, les sols et l’évolution des saisons.
La majorité a estimé que la commune agissait déjà suffisamment. Pourtant, les initiatives concernent surtout les abords des écoles. Les cours restent très minéralisées. À mes yeux, c’est une occasion manquée de professionnaliser notre réponse et de faire de la pédagogie climatique sur le terrain.
Il y a des tas d’expériences positives qui ont été menées à Bruxelles, Wallonie, mais aussi dans certaines communes rurales en France. Chacune de ces expériences démontrent comment il est possible d’améliorer les choses par le simple fait de s’attaquer au revêtement des cours et en maximisant l’ombrage naturel par des plantations ciblées.
Jonathan Martin : Dans une commune dense comme Schaerbeek, quels sont les principaux blocages ?
Deborah Lorenzino : Chaque réaménagement impose de trouver un équilibre entre différents usages. Lorsque la végétalisation entraîne la suppression de places de stationnement, les débats peuvent rapidement se tendre.
Nous sommes dans une période charnière : certains habitants souhaitent davantage de nature, tandis que d’autres vivent ces transformations comme une remise en cause de leurs habitudes.
Deborah Lorenzino : Finalement, qu’il s’agisse d’un square ou d’une cour d’école, l’objectif est le même : créer des lieux plus agréables, plus vivants et mieux adaptés.
Jonathan Martin : C’est exact. À Schaerbeek, tu cherches à retrouver de la place pour la nature dans un espace très dense et artificialisé. À Libramont-Chevigny, je tente de déconstruire la croyance que notre proximité avec la nature en milieu rural suffit à rendre toutes les infrastructures résilientes.
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