“Une jeunesse qui se meurt, c’est le pays tout entier qui baisse le rideau et fait une croix sur son avenir”

LE MERCREDI 9 FÉVRIER 2022

Ce mercredi 9 février était présenté le rapport relatif à la santé mentale des jeunes en séance plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce dernier propose plusieurs recommandations suite aux auditions du secteur et des associations de terrain.

  • Publié le 09.02.2022

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Un impact à plusieurs niveaux

Comme l’expliquent les experts, les impacts de la pandémie sur les enfants et les jeunes sont alarmants : leur sécurité, leur vie de famille, leur développement corporel, cognitif, émotionnel, social, tout est en péril et le flou subsiste.

Sophie Maes, pédopsychiatre et cheffe de service de l’unité pour adolescents de la Clinique du Domaine Braine-l’Alleud, raconte :  « Très vite, le milieu hospitalier pédopsychiatrique a été saturé. À partir de la mi-février 2021, tous les services susceptibles d’offrir des soins ambulatoires en santé mentale à des jeunes étaient pleins, même les listes d’attente. Plus personne ne prenait de nouveaux patients en liste d’attente. À partir de la fin du mois de février, quand un jeune était suicidaire, nous n’avions rien à lui proposer. »

« Dans ce contexte inquiétant que nous connaissons depuis deux ans, les autorités ont bien sûr été attentives aux difficultés rencontrées. On a essayé de revenir aux cours en présentiel le plus rapidement possible, on a débloqué des moyens supplémentaires pour la petite enfance et l’aide à la jeunesse … Toutefois, ces subsides, bien souvent ponctuels, ont juste permis au terrain de ne pas couler totalement. Il serait illusoire de croire que ces secteurs sont à présent correctement financés et que tout est rose de leur côté. Il n’en est rien. La détresse et la surcharge de travail restent immenses » continue notre députée.

Des budgets insuffisants

Pour Véronique Delvenne, cheffe du service de pédopsychiatrie de l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola, le secteur de la santé mentale souffre d’un sous-financement chronique. Il se révèle catastrophique dans le cadre de la crise d e la Covid-19. La Belgique a investi des moyens supplémentaires, toutefois, ces moyens ont été distribués de manière peu coordonnée entre l’État fédéral, les Régions et les Communautés.

Bernard Devos, Délégué général aux droits de l’enfant : « Durant l’intégralité de la pandémie, il me semble qu’il n’y a eu ni respect ni intérêt manifestés à l’égard des enfants et des jeunes. Nous devons en tirer des leçons pour la suite. Lorsque nous abordons la question de la santé mentale, nous devons tout d’abord définir des priorités générales, que nous pourrons ensuite décliner en fonction des publics auxquels nous nous adressons. En effet, traiter la jeunesse de manière univoque, comme ce fut le cas pendant la pandémie, n’est plus possible. Nous devons faire en sorte que toutes les réalités soient entendues et nous intéresser à la situation de chaque jeune. »

C’est justement ce que pointe Nicole Bomele : « Pour mon groupe, toutes les mesures prises pour aider les jeunes ont été curatives alors qu’on aurait dû dès le début, agir en amont et les inclure dans la prise de décision. Ce que nous regrettons, c’est qu’il n’y ait pas eu le respect du droit des enfants à participer aux décisions qui les concernaient directement. Ou qu’au grand minimum, des pédopsychiatres ou autres fonctions en lien avec l’enfance soient réellement consultés. Leur avis n’a jamais été sollicité et cette situation perdure jusqu’à présent. Depuis le début de cette crise, notre groupe a plaidé pour un codeco spécial jeunesse, ma collègue Joëlle Maison avait d’ailleurs déposé une proposition de résolution en ce sens en automne 2020. Il n’en fut malheureusement rien et les jeunes furent quelque peu laissés pour compte alors que leur bien être aujourd’hui est essentiel, fondamental, si l’on veut qu’ils et elles deviennent les citoyens éclairés de demain. Nous pouvons donc dire que les droits de nos jeunes et de nos enfants ont été malmenés, minimisés. Leur intérêt supérieur n’a été que trop peu pris en considération. Trois millions de nos citoyens et citoyennes sont absents des décisions qui les concernent. On ne leur demande rien. On ne leur dit rien. »

Davantage d’écoute et de prise en considération

Pour DéFI, après un an de crise sanitaire, il est plus que temps ! Sans participation, nos jeunes doivent se contenter d’être les cibles des mesures prises par les adultes, il n’y a rien de plus anormal. 

D’autant plus dans le contexte actuel où la hausse significative des tentatives de suicide chez les jeunes doit nous alerter. Elle témoigne de notre échec, nous adultes, dans la bonne gestion de cette crise.

Une jeunesse qui se meurt, c’est le pays tout entier qui baisse le rideau et fait une croix sur son avenir.

« Pendant la crise Covid, surtout en hiver, on se réveillait à 8h00 pour commencer les cours à 8h15. On était complètement déréglés dans notre rythme de sommeil. Il faisait noir. On s’habillait en vitesse. On déjeunait devant notre premier cours. On suivait les cours pendant huit heures face à des écrans remplis de cases avec des prénoms. Quand les parents rentraient du travail, quand on levait les yeux de nos ordinateurs, il faisait de nouveau noir dehors. On n’avait eu aucun contact pendant la journée. On devait commencer à étudier pour les contrôles qui arrivaient. Cela a été ma routine et celle des élèves de ma classe pendant quatre mois. Au bout d’un moment, on saturait, on ne supportait plus la couleur des murs de notre chambre. », dit Lucy Gilles, jeune élève à l’Athénée de Marcinelle.

DéFI souscrit donc aux recommandations du rapport, notre groupe en ayant porté certaines d’entre elles depuis le début de la crise. Nicole Bomele détaille : « Je pense particulièrement à l’inscription du harcèlement et des violences sexuelles et sexistes dans le règlement général des études, développer la pair-aidance entre les jeunes et surtout, surtout, renforcer la participation des jeunes dans le processus de décision. »

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