Actualiser, moderniser et innover :
l’enseignement vu par
Joëlle Maison

– LE 23 DECEMBRE 2022 – 

Pour Entrées Libres, notre députée bruxelloise Joëlle Maison s’est livrée à un exercice délicat : celui d’imaginer un enseignement idéal. A travers plusieurs thématiques, elle dépeint sa vision de l’école d’aujourd’hui et de demain.

  • Publié le 23.12.2022

  • min.

Bâtiments aux normes et refonte de la structure scolaire

Il est une nécessité d’avoir des bâtiments en état et isolés. Des châssis qui ne se ferment pas, des chaudières qui ne fonctionnent qu’à l’huile de coude, c’est surréaliste à l’heure où le climat est la première préoccupation des jeunes ! Surtout que cela a aussi un impact sur le bien-être des enseignants et des élèves.

Plus que leur état, c’est aussi la structure des écoles et de leurs bâtiments qu’il faut faire évoluer. Nombre d’écoles correspondent à une vision du 19e ou 20e siècle. Les classes d’antan ne sont plus celles d’aujourd’hui. Imaginons des espaces modulables pour permettre de travailler par grands ou plus petits groupes, favoriser l’inclusion, pratiquer la différenciation. Ce qui est plus compliqué dans une classe de 25.

Au cœur du bien-être des enseignants, étroitement corrélées à la réussite d’un enseignement, il y a les pratiques collaboratives. Que ce soit dans les écoles, mais aussi entre les écoles et les réseaux.

En Suède, près de 50 % du temps de l’enseignant est dédié à la formation continue et au partage des pratiques. Ici, on en est très très loin !

Revalorisation des barèmes pour les directeurs

Un directeur, c’est un chef qui doit avoir des talents de RH, de psychologue, de pédagogue, de gestionnaire de bâtiments, etc. Parfois, les directeurs débutants se retrouvent avec un salaire moindre ou équivalent à un enseignant avec quelques années d’expérience. Cela n’a aucun sens dans une gestion d’équipe. Il y a urgence à réagir, car c’est aussi un métier en pénurie.

Mobilité de carrière dans l’enseignement

Alors que la tendance est de changer de travail tous les 3-4 ans, on devrait dire aux enseignants : ‘Non, non, tu vas rester enseignant toute ta vie. Pas question d’aller à un moment travailler dans l’école à côté de chez toi ou alors tu perds ton ancienneté, tes avantages, etc.’ Cela ne fait aucun sens. Ce sont des règles moyenâgeuses. Il est grand temps d’actualiser et d’harmoniser les statuts, et de tout décloisonner !

Aujourd’hui, quel jeune futur enseignant se dit encore : je veux rester 45 ans dans la même classe ou dans la même école ? Personne ou presque car ce type de carrière n’est plus du tout sexy pour les jeunes, quel que soit le secteur.

Joëlle Maison

Faire rester les jeunes enseignants

Une de nos propositions consistait à faire de la 4e année d’études supplémentaire une année en alternance, avec 50 % de cours et 50 % de pratique. Ce faisant, cela permettrait aux étudiants de se familiariser avec le monde réel (même si les stages existent) et aux enseignants d’avoir plus d’aide en classe.

Une situation ‘win-win’ qui, par ricochet, permettrait de contrebalancer l’abandon du métier, sachant que 25 % des jeunes quittent l’enseignement dès la première année et près de la moitié, dans les 5 premières années de leur pratique.

Formation aux évolutions de la société, à l’esprit critique

La société évolue beaucoup plus vite que l’école, c’est un fait. Aujourd’hui, l’école apparaît parfois dépassée sur certains points. Notamment, vis-à-vis de l’éducation à l’esprit critique.

En effet, dès le plus jeune âge, les enfants sont sur YouTube, TikTok, etc., ils sont fatalement assaillis d’informations. Malheureusement à l’école, on ne les forme pas suffisamment à comprendre ce qu’il y a derrière tout ça.

Montrons aux élèves ce que signifie une vidéo ou une image, quelle est sa portée. Apprenons-leur à vérifier les sources, à décoder les informations qui se cachent derrière les mots et les images. C’est devenu essentiel aujourd’hui.

Apprentissage du néerlandais

La situation de l’anglais peut être inspirante. Les supports en anglais auxquels les jeunes ont accès sont innombrables : des jeux, des séries, des films, etc. Ce qui n’est pas du tout vrai pour le néerlandais. Pourtant, présenter des films flamands ou la culture flamande en général aux élèves, cela pourrait susciter l’intérêt de chacun.

Apprivoiser une langue à travers sa culture plutôt que par des exercices de conjugaison: une nouvelle approche qui permettrait aux élèves d’apprendre d’une façon plus ludique, plus moderne et plus intéressante.

Imposer le néerlandais, c’est une très bonne chose. Ce n’est pas juste un prérequis pour trouver plus facilement de l’emploi par après. C’est une langue nationale et sa connaissance nous permettra à tous de mieux communiquer l’un avec l’autre. En revanche, il faut l’apprendre autrement.

Joëlle Maison

Enseignement spécialisé

Pratiquer davantage l’intégration dans les classes ordinaires et dégager des moyens humains à cet effet. Avec les écoles du spécialisé qui deviendraient des écoles « ordinaires », les enfants à besoins spécifiques se retrouveraient intégrés dans les classes. Tout en gardant un encadrement adapté qui proviendrait du spécialisé. Ne resteraient alors scolarisés dans le spécialisé que les élèves qui ne peuvent ou ne souhaitent pas être intégrés dans l’enseignement ordinaire.

La réalité aujourd’hui c’est qu’un enseignant ne peut pas gérer les besoins spécifiques, singularités ou handicaps, sans aide, avec une classe de 25 élèves.

Réforme du qualifiant, une filière d’excellence

Dans le qualifiant, on se retrouve parfois avec des classes qui comptent 7 élèves et une autre, 1 kilomètre plus loin, mais située dans un autre réseau, qui propose la même option, mais avec 5 ou 6 élèves. Au vu des finances de la Fédération Wallonie-Bruxelles,  ce n’est plus tenable.

Au contraire, il faut être réaliste, rationnel et mutualiser les moyens entre réseaux, les décloisonner. Cela permettrait de dégager des moyens humains et financiers importants, pour mieux les redéployer.

De plus, les élèves issus de familles plus modestes ne verraient plus nécessairement les études supérieures comme l’une des seules façons de s’élever socialement. Une revalorisation de ces filières aurait par la suite un effet positif sur le marché de l’emploi.

Un des objectifs de l’école aujourd’hui, c’est de permettre à tout un chacun d’accéder au monde des études supérieures, de l’université. C’est très bien, mais il faudrait en réalité élargir la réflexion. Pour que les élèves dits ‘de bonne famille’ envisagent les filières du technique et du qualifiant de manière aussi valorisante que l’université.

Joëlle Maison

Retrouvez un extrait vidéo de l’interview de Joëlle Maison ici :

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  • Enseignement
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