Le « Palais des Droits bafoués » n’est plus. La crise de l’accueil demeure

– LE 22 FÉVRIER 2023 – 

Cécile Jodogne répondait samedi 18 février aux questions du Soir dans une entrevue, qui portait notamment sur le squat de Palais 48, et son évacuation, les 14 et 15 février. L’occasion de faire le point sur cette affaire, qui démontre la défaillance de l’Etat fédéral en matière d’accueil et force ainsi les communes bruxelloises et la région à prendre en charge des compétences qui ne sont pas les leurs.

  • Publié le 22.02.2023

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Au départ, il y a un bâtiment occupé par des centaines de demandeurs d’asiles, de sans-abris, de toxicomanes. Les demandeurs d’asile investissent le bâtiment fin octobre, aidé par des militants, afin de trouver un refuge en dehors de la rue et pour dénoncer la mauvaise gestion de la politique de l’accueil en Belgique. Cependant, ce bâtiment était inadapté, dans son état actuel, à une telle occupation. Il ne possédait que deux douches fonctionnelles et une ou deux toilettes, pour un nombre d’occupants qui n’a cessé de croître, atteignant, à son maximum 1000 ou 1100 personnes. Les pathologies – physiques et mentales – prospérèrent et l’insécurité grandissante transformèrent une situation déjà inhumaine, en simplement intenable. 

Ces personnes étaient, en grande majorité, des demandeurs d’asile venus du Burundi, d’Afghanistan, de Syrie ou d’Érythrée. Ils étaient, en grande majorité, détenteurs de l’annexe 26 qui leur donne droit, en vertu de lois internationales, à un logement digne. Ils faisaient partie de ces 2000 à 3000 personnes que Fedasil n’a pas pu accueillir, faute de places, et qui dorment donc dans les rues de Bruxelles. Ils sont de la responsabilité du gouvernement fédéral et de la Secrétaire d’Etat en charge de la Migration, Nicole de Moor.

Celle-ci niera pendant de nombreux mois la présence de demandeurs d’asile dans le bâtiment, citant des chiffres très bas : seulement 50, ou 100. Pendant ce temps, la commune de Schaerbeek réclame que l’on identifie ces personnes, pour que l’on puisse travailler sur des faits, affirmant qu’au moins 700 d’entre eux sont bien des réfugiés en possession de l’annexe 26. Pendant ce temps, la situation sur place dégénère, et se dégrade, au détriment des occupants. Quand, finalement, après deux mois, Nicole De Moor accepte le recensement, les chiffres sont indiscutables : sur 784 personnes vues, 735 sont des demandeurs d’asile. Soit elle a menti, à la presse, au Parlement et aux Belges, soit elle est terriblement mal informée sur des matières qui sont pourtant de sa responsabilité.

Une fois ce constat fait, rien ne bouge. Il faut que Cécile Jodogne mette en demeure le Fédéral de trouver une solution d’hébergement pour ces 735 personnes pour que finalement la machine se mette en route. Fedasil accélère le rythme de relogement : on passe de 10-15 personnes par jour, à 40. En parallèle, la Région devient propriétaire du bâtiment, et souhaite également que cette situation inhumaine s’arrête. Une opération d’évacuation de grande ampleur débute, la Région et la Commune ayant reçu l’assurance de Fedasil que toutes les personnes demandeurs d’asile présentes dans le bâtiment soient relogées. 

Les dates sont fixées au 14 et 15 février. Fedasil s’engage à reloger 709 personnes pour le 13 février. 

Cécile Jodogne : « Nous avions estimé qu’il restait environ 250 personnes disposant d’un bracelet bleu prouvant qu’il s’agissait de résidents du squat. Fedasil s’était engagé à toutes les reloger mais nous savions qu’il faudrait quelques places tampons, en attendant que Fedasil trouve assez de places. Mercredi, l’afflux de personnes qui se sont présentées devant le Palais a été tel que cela a posé de nombreux problèmes. Or, on ne pouvait pas demander aux autorités régionales et communales de répondre en un claquement de doigts à quelque chose qui n’avait pas été planifié. » Cet afflux, s’il est humain, mettra en péril la suite de l’opération.

Malgré les difficultés, les drames survenus le 15 février – une personne retrouvée morte et un incendie, plus de 300 personnes vont être prises en charge en seulement deux jours, essentiellement grâce aux efforts de la Région bruxelloise. 99 % d’entre eux étaient des demandeurs d’asile. La COCOM abattra un travail de screening et d’accompagnement médical colossal, une action inédite dans son histoire. La Commune mettra son stade et ses services à contribution. La police procédera finalement à l’évacuation définitive du bâtiment durant la fin de l’après-midi du 15 février. 

A ce moment, des personnes seront refoulées, n’ayant pas pu être prises en charge, malgré les promesses du gouvernement fédéral. La presse, les associations se retourneront vers la commune, et surtout la Région, qualifiant l’opération de chaotique, dénonçant – avec raison – le fait que des personnes restent à la rue. 

Cécile Jodogne regrette ce chaos : « Surtout que l’on préparait cette opération depuis des semaines avec les partenaires fédéraux et régionaux. On savait que l’on n’était pas à l’abri d’un dérapage. D’ailleurs, il y a eu un incendie le mercredi matin. Cela dit, l’objectif premier, qui était de faire cesser cette situation inhumaine devenue intenable, a été atteint. Le bâtiment est vide, fermé et les travaux de rénovation vont pouvoir reprendre. Mille personnes, si on arrondit les chiffres, ont été relogées. Cela représente un tiers des demandeurs d’asile qui étaient à la rue. »

La séquence parlementaire qui a suivi, dénonçant essentiellement l’arrivée de bus de demandeurs d’asile dans un hôtel à Ruisbroek, pour organiser un logement temporaire de quelques jours maximum, a été particulière indigne. La Secrétaire d’Etat a eu « une attitude est assez incompréhensible. La crise de l’accueil est une responsabilité du fédéral. C’est à elle de la solutionner. Remettre cela dans le jeu bruxellois, sous prétexte qu’il y aurait un financement du fédéral, c’est trop facile ! »

Par ailleurs, au-delà de la secrétaire d’Etat elle-même, le gouvernement n’a pas réagi : « Il y a probablement une pression énorme de la part de certains de ses partenaires au gouvernement et d’autres partis extérieurs à la majorité fédérale, au niveau néerlandophone. Je m’interroge d’ailleurs sur le fait qu’au sein du gouvernement, personne n’exigeait que des réponses soient apportées. Je ne peux que constater une minimisation du problème ainsi qu’une diabolisation ces dernières heures, avec la tentative de rejeter la faute sur la Région bruxelloise et sur la police. C’est scandaleux. »

Pourtant, La responsabilité de ce drame, et de ceux qui suivront, est entre les mains des partenaires en majorité au gouvernement fédéral. C’est à Nicole De Moor, en tant que représentante de ce gouvernement, de s’en expliquer.

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